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Mes idées

Le problème ne vient pas seulement des personnes qui gouvernent. Il vient surtout des règles qui encadrent leur pouvoir.

Attendre des dirigeants plus vertueux ne suffit pas. Sans contrôle, sans limites et sans obligation de rendre des comptes, le pouvoir finit toujours par s’éloigner des citoyens.

Une démocratie solide ne repose donc pas sur la confiance aveugle. Elle repose sur des mécanismes qui permettent au peuple de participer, de contrôler ses élus et de garantir que personne ne soit au-dessus de la loi.

TROIS MECANISMS POUR Y PARVENIR

1

Le RIC 

Le Référendum d'Initiative Citoyenne. Le droit pour les citoyens de - par eux-mêmes et sans aucune interférence - proposer, modifier, abroger une loi ou révoquer un élu. L'arme constitutionnelle que tous les pouvoirs ont pris soin d'exclure de notre loi fondamentale. Ce n'est pas un accident. C'est un calcul. 

2

Le contrôle populaire 

Un élu sur lequel vous n'avez aucun contrôle et que vous ne pouvez pas révoquer n'est pas un mandataire. C'est un monarque à durée limitée. 

3

L'État de droit 

La loi est la même pour tous — du Président de la République au citoyen ordinaire. Un Etat dans lequel l’Etat est soumis à la loi, les magistrats sont entièrement indépendants, la presse est véritablement libre et les libertés et droits fondamentaux sont effectivement garantis. Ce n'est pas une utopie. C'est le minimum. 

Pourquoi la démocratie en Afrique n'a jamais vraiment existé ?

Avant de critiquer la démocratie, encore faudrait-il l'avoir expérimentée. Avez-vous, une seule fois dans votre vie, vécu dans un pays africain où le peuple exerçait réellement le pouvoir ? Si la réponse est non — et elle l'est —, alors nous ne faisons pas le procès de la démocratie. Nous faisons le procès de ses caricatures.

Il y a un écart béant, dans nos pays, entre ce que nos constitutions proclament et ce que nos institutions font réellement. Les textes parlent de séparation des pouvoirs, d'indépendance de la justice, de libertés fondamentales. Dans les faits, l'exécutif domine tout, les élections sont souvent des mises en scène, et la liberté d'exercer ses droits s'arrête parfois au moment même où l'on en a besoin. C'est ce que j'appelle "Le syndrome de Manan Kampess".

Et pourtant on dit que « la démocratie ne marche pas en Afrique ». Ce n'est ni juste au sens de justesse, ni juste au sens de justice. Comment peut on juger un médecin incompétent alors qu'on a expressément refusé de suivre ses prescriptions ?

Nous devons comprendre qu'une norme proclamée n'est pas nécessairement une norme effective, qu'il ne suffit pas d'écrire « orange » sur un drapeau blanc pour qu'il devienne un drapeau orange.



Le mot vient du grec. Dêmos : le peuple. Kratos : le pouvoir. Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ce n'est pas une formule creuse. Elle a des implications précises :

Dans une démocratie, le peuple est lui-même auteur de sa constitution. Il ne la confie pas à un parti, à une équipe de juristes ou à un chef d'État.

Dans une démocratie, le peuple a l'initiative du référendum. Pas seulement le président. Pas seulement quand ça arrange le pouvoir.

Dans une démocratie, les représentants peuvent être révoqués. J'ai rédigé des centaines de contrats au cours de ma carrière professionnelle. Aucun sans clause de rupture. Le mandat politique est le seul "contrat" où la clause de rupture n'existe pas — et ce n'est pas une omission.
Pour en savoir plus cliquez ici 
Robespierre l'avait formulé en 1792 avec une précision que peu ont surpassée depuis : « La source de tous nos maux, c'est l'indépendance absolue où les représentants se sont mis eux-mêmes à l'égard de la nation sans l'avoir consultée. »

Rien n'a changé. Nos représentants se comportent en souverains. Ce ne sont pas des mandataires qui exécutent la volonté du peuple — ce sont des décideurs qui font ce qu'ils veulent pendant la durée de leur mandat, sachant qu'ils ne seront comptables de rien.

La différence entre les démocraties qui fonctionnent et les démocratures résident pas dans la vertu de leurs dirigeants. Elle réside dans les mécanismes qui les obligent à se soumettre à la loi ou à dissimuler leurs agissements. Un peuple vigilant, exigeant, capable de sanctionner — c'est ce qui manque. Pas parce que les peuples africains sont moins capables, mais parce qu'on leur a retiré les outils.

Trois exigences concrètes :
• La révocabilité des élus par pétition populaire, à tout moment du mandat.
• La transparence financière : déclarations de patrimoine publiques et vérifiables.
• L'indépendance réelle de la justice : structurelle, pas seulement inscrite dans un article de constitution.
Celui qui fait et défait les lois est le véritable souverain. Voilà pourquoi la bataille pour l'État de droit n'est pas une bataille secondaire — c'est la bataille centrale.

Un État de droit, c'est un État où les lois s'appliquent de la même façon au Président de la République et au marchand de Treichville. Où un juge peut condamner un ministre sans risquer sa liberté. Où un journaliste peut enquêter sans risquer sa vie.

Ce n'est pas un idéal abstrait. C'est la condition nécessaire à tout le reste. Sans État de droit, le RIC ne sert à rien — les résultats seront truqués. Sans État de droit, la liberté de la presse n'existe pas. Sans État de droit, les droits fondamentaux restent des concepts d'amphithéâtre, pour reprendre l'expression d'un responsable politique ivoirien qui a eu l'honnêteté de les qualifier ainsi.
Ce mot fait peur. Il ne devrait pas.

La souveraineté, c'est simplement le droit d'un peuple à décider de son avenir sans que cette décision soit confisquée par des puissances étrangères, des créanciers, ou des institutions dont la légitimité démocratique est inexistante.

Les indépendances de 1960 n'ont pas apporté la vraie souveraineté. Elles ont transféré le pouvoir des colonisateurs à des élites locales qui ont reproduit exactement les mêmes mécanismes de contrôle — en changeant simplement les visages. Les constitutions ont été rédigées dans la continuité de ce projet-là. Non pas pour donner le pouvoir au peuple, mais pour l'en priver de façon légale et organisée.

Reprendre la souveraineté, c'est d'abord reprendre la constitution. C'est de là que tout part.